Women’s Lands

Dans ce livre d’un très grand intérêt, pour moi en tout cas, Françoise Flamant nous raconte ce que j’ignorais jusque-là : à partir des années 1970, aux États-Unis, des femmes ont décidé de se retirer de la société pour se construire et/ou se reconstruire. Elles se sont installées à l’écart du monde, dans des territoires isolés et protégés. Lesbiennes pour l’essentiel, ces femmes voulaient vivre en toute liberté, comme elles le voulaient, comme elles l’entendaient loin des contraintes et des obligations qu’elles repéraient au sein de la société jugée patriarcale. Pour ce faire, elles avaient besoin d’une sécurité. Il leur fallait donc s’isoler. Ainsi, elles ont créé leur petit bout de paradis sur terre où la vie se liait en harmonie avec la Terre et la Nature considérée comme la Déesse mère. Au cours de leur expérience, elles ont appris et beaucoup. Elles ont appris à se délivrer des chaînes qui les freinaient dans leur accès à la liberté, elles ont appris qu’elles étaient capables de se débrouiller, de faire et de construire sans les hommes. Elles ont tout repensé, jusqu’au mot près. Elles ont tout revu, tout interrogé pour mieux penser ce monde qu’elles voulaient faire émerger, un monde nouveau avec ses propres mots, sa propre culture, son propre système. L’utopie les animait et leur donnait ce pouvoir d’imaginer, de repenser pour créer, recréer. L’utopie leur donnait une âme, un esprit, une vivacité. Elle leur donnait une puissance qui n’est plus, j’ai l’impression, aujourd’hui. En les découvrant grâce à cet ouvrage, je me suis dit, quel dommage ! Qu’avons-nous aujourd’hui pour nous attacher si puissamment à la vie ? Un espoir ? Une envie ? Qu’avons-nous pour reprendre nos vies en main ? Rien, pratiquement rien. On n’a pas le droit de rêver, d’imaginer, de penser autre chose aujourd’hui. L’utopie n’est pas de droit car elle est mal-vue, mal considérée. Qui veut penser autrement est considéré comme un doux rêveur incapable de faire face à la réalité comme si l’être animé par une utopie n’avait pas conscience de ce qu’elle est. Pourtant, c’est bien parce qu’il la connait cette réalité qu’il espère la changer, qu’il veut des moyens pour la modifier. L’utopiste est celui qui ne dort pas, qui ne se couche pas. Il est plus courageux que nul autre puisqu’il a conscience de ce qu’il est et de ce qu’il est en droit de demander, d’exiger. Il n’attend pas, il veut. Et parce qu’il veut, il agit à l’exemple de ces femmes qui ont décidé de prendre leur destin en main. Ce n’était pas facile, François Flamant l’écrit. Il y avait des difficultés, des complications, des ennuis mais elles ont fait, malgré tout et en dépit de tout. Elles n’ont pas eu peur, elles ont affronté, elles ont vécu comme elles l’entendaient. Et rien que pour cela, je les ai admirées. Peu importe mes quelques désaccords avec elles, j’ai trouvé ces femmes incroyables. Elles sont d’une beauté, d’un courage, d’une énergie, d’une dignité et d’une liberté à envier. Elles sont tout simplement des modèles pour toutes celles et ceux qui n’ont pas leur puissance de feu. Vous l’aurez sans doute compris, ce livre je l’ai aimé. Il est beau, il est esthétique, il est bien fait. Et il est nécessaire car il donne à voir et à apprendre. Il m’a donné le sourire aux lèvres, il a nourri mon esprit. Il m’a interrogée sur le monde et son possible changement. La question se pose : comment faire pour changer un système qui  ne satisfait pas ? De l’intérieur ou de l’extérieur ? En le changeant à petit pas ou en le détruisant ? Dans le consensus ou la radicalité ? Les anciens n’ont pas su répondre à la question, parviendra-t-on, quant à nous, à la poser ?

Lire la chronique d’Heval sur le blog Mezelamin

Lire quelques pages de l’ouvrage sur le site des Éditions iXe

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