Alors je suis devenue une Indien d’Amérique

A 50 ans, Marie Docher est en couple avec une femme et vit avec Mehdi, l’enfant que cette dernière a eu grâce à la PMA lors d’une précédente relation. Sa famille est montrée du doigt, marginalisée, insultée comme tant d’autres lorsque s’ouvrent les débats pour le mariage pour tous en 2012. D’un coup, on lui criait à la figure que ce n’était pas un bon environnement pour que Mehdi grandisse, qu’il aura des problèmes, que ci, que ça… tant de personnes qui ont un avis bien tranché sans connaître une seule famille homoparentale.

Alors elle écrit pour exorciser. Sans être chronologique, ce journal se souvient des stéréotypes sur les homos qu’on lui a jeté à la figure, des insultes, de l’homophobie ordinaire. Elle revient sur son enfance, quand elle portait uniquement des pantalons pour suivre et jouer avec ses cousins et ses copains, pour être intégrée parmi eux. Elle réfléchit sur l’homosexualité, sur la peur, sur l’attention constante portée à ce que l’on dit, à ce que l’on dévoile. Elle se souvient, elle raconte son expérience, son vécu de femme, de lesbienne.

En une centaine de pages, on revit la violence née des débats liés au mariage pour tous. Les propos infamants, les discours homophobes diffusés dans les médias, les cris des foules vêtues de bleu et de rose… Cette violence est d’ailleurs amplifiée par les quelques déclarations d’hommes politiques ou d’Eglise contre le mariage pour tous qui ponctuent les textes de Marie Docher. Ce déchaînement de haine fait écho à l’homophobie constante ressentie tout au long de sa vie qui, goutte après goutte, l’a amenée à une prise de conscience. Mais le choc de la Manif pour tous n’en a pas été moins fort.

Publié aux éditions iXe, c’est un texte vraiment poignant et je me suis très vite identifiée aux propos de Marie Docher. Ce qu’elle raconte dans ce livre, c’est ce que vivent les homos, mais aussi tous ceux qui sont différents, qui ont un mode de vie qui sort de la norme, qui sont stigmatisés par les bien-pensants.

L’auteure est photographe et certains de ses clichés sont insérés dans ce journal ainsi que des photos de famille : son enfance, ses déguisements, le fils de sa compagne…

Un récit lucide sur la violence du conservatisme et de l’ignorance, sur une prise de conscience, sur les mots blessants qui s’accumulent… Un livre qui m’a fait revivre comme un coup de poing la véhémence de certains à refuser l’égalité à ceux qui ne rentrent pas dans leur moule hétéronormé et l’horreur des mots qui ont été criés si fort.

Lire la chronique sur le blog de L’Ourse bibliophile

Lire quelques pages de l’ouvrage sur le site des Éditions iXe

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